Vacance Santé

PROJET VACANCES SANTE : Une approche ludique pour aider la jeune fille à faire face au défi des IST, du VIH/sida et des grossesses


CONTEXTE

Selon l’Enquête sur les Indicateurs du Sida (EIS 2005), qui a porté sur les connaissances, les attitudes et les comportements en rapport avec le VIH/sida en Côte d’Ivoire, la majorité des jeunes ont des rapports sexuels précoces, c'est-à-dire avant l’âge de 18 ans. En effet l’étude rapporte que 20% des filles ont eu leurs premiers rapports sexuels avant 15 ans et 73% avant l’âge de 18 ans. La même étude révèle que les jeunes ont généralement une faible perception du risque d’infection et que seulement 39% des filles et 52% des garçons ont utilisé un condom lors du dernier rapport à risque. Ces chiffres sont confirmés par les cas de grossesses non désirées enregistrés chez les jeunes filles scolarisées dont l’âge varie entre 13 et 16 ans. Dans la seule ville de San-Pedro dont la population de filles de 13 ans à 16 ans est estimée à 9 854 (source : RGHP 1998) dont seulement 20% est scolarisée, il a été enregistré 58 cas de grossesses en 2009 (statistiques 2009 du Service de Santé Scolaire et Universitaire 2009 de San-Pedro). Près de la moitié des cas ont été enregistrés lors du premier trimestre de l’année scolaire, c'est-à-dire de septembre à décembre 2009. Ces grossesses ont été contractées lors de rapports sexuels non protégés et à risque pendant les périodes de vacances scolaires.
Les services de santé scolaires expliquent ces cas de grossesses par le fait que généralement les jeunes filles n’ont pas d’activités de loisirs pendant les vacances scolaires. CCP a voulu mieux comprendre le problème et proposer une action adaptée. Les entretiens menés à cet effet de façon informelle avec quelques capitaines filles du programme SPV (Sport Pour la Vie), ont montré que des activités de loisirs alliant jeux, sport et des moments d’échanges sur le VIH/sida pouvaient rencontrer une forte adhésion au niveau des jeunes pendant les vacances scolaires et contribuer à réduire la vulnérabilité de ces filles âgées de 12 à 16 ans. D’où l’initiative du projet pilote « Vacances santé » ciblant les filles uniquement dont les première et deuxième éditions ont été réalisées au cours des vacances scolaires 2009 et 2010.



OBJECTIFS

Le projet vise à aider les jeunes filles de 12 à 16 ans à se protéger du VIH/sida, des IST et des grossesses non désirées à travers une approche basée sur l’éducation et le divertissement.

Objectifs spécifiques
-       Améliorer les connaissances et attitudes des jeunes filles en matière de VIH/sida et de santé sexuelle.
-       Promouvoir l’abstinence auprès des populations jeunes (filles) à travers des activités de groupe et de formation.
-       Impliquer les jeunes filles dans les activités de sensibilisation de leur communauté et de leurs pairs.
-       Occuper sainement les jeunes filles pendant les vacances scolaires par des activités de loisirs sportifs et culturels.
-       Créer un cadre de rencontre de jeunes de différents horizons et de différentes conditions sociales.




STRATEGIES

Activités de groupe et de formation
Les activités de groupe et de formation sont organisées à partir du guide des encadreurs (curriculum Sport Pour la Vie),  sous forme de jeux sportifs, de discussions de groupe, de jeux de rôles. Ces activités donnent aux jeunes filles l’opportunité de développer leur capacité d’animation, de développer la prise de décision, l’estime de soi. Ces activités permettent aux jeunes filles d’améliorer leurs connaissances et attitudes sur le VIH/sida et sur les problèmes de santé sexuelle et de la reproduction.

Activités individuelles à travers le magazine Extra-time
Le magazine Extra-time est un cahier d’exercices qui permet la réflexion individuelle et le renforcement des messages. Il est présenté sous forme de magazine de sport afin d’être attractif pour les jeunes.

Activités communautaires.
Dans la conduite des activités, des défis et objectifs sont fixés aux équipes. Chaque équipe doit réaliser une série d’activités dans sa communauté avec les pairs et les parents afin de les sensibiliser sur les questions de VIH/sida et de santé sexuelle et de la reproduction. La réalisation de ces défis autorise l’équipe à prendre part aux activités suivantes du programme, que sont les tournois sportifs et les activités culturelles.

Les activités media
Les activités média consistent à faire participer les jeunes et les encadreurs à des émissions sur les radios de proximité afin de leur permettre d’expliquer ce qu’ils font et de sensibiliser les auditeurs. Les activités consistent aussi pour l’équipe de gestion du projet à diffuser des messages afin de renforcer les connaissances et la compréhension sur le VIH/sida et les problèmes de santé sexuelle des populations.

Plaidoyer et recherche de partenariat
Le plaidoyer et la recherche de partenariats permet de mobiliser les différents leaders autour du projet et de recueillir des financements et soutiens matériels nécessaires à la conduite du projet.




RESULTATS

-       Une amélioration du niveau général de connaissances des filles sur le VIH/sida et en matière de Santé Sexuelle et de la Reproduction :  plus spécifiquement on note que de 45% des filles ont obtenu un niveau acceptable de connaissances au post-test alors qu’elles ne représentaient que 8% au pré-test.
-       Une meilleure perception des risques de VIH, IST et grossesses non désirées chez les participantes :  42% on affirmé qu’elles avaient eu un comportement à risque avant leur participation à Vacances Santé.
-       Plus de 70% des filles ont décidé de changer de comportements et elles avancent en termes d’intentions de changement de comportement, par ordre décroissant, qu’elles pratiqueront l’abstinence, s’habilleront de façon plus décente, éviteront les mauvaises compagnies et les sorties nocturnes. 
-       1001 filles ont pris part aux activités d’orientation en santé sexuelle et de la reproduction et sur le VIH/sida  sur les 4 sites au cours des éditions 2009 et 2010 de Vacances santé (Abidjan : communes d’Adjamé et de Port-Bouët, Abengourou, San-Pedro).



LEÇONS APPRISES

-       L’intérêt suscité par le module sur la santé de la reproduction chez les jeunes filles montre que ce domaine constitue un réel besoin que le programme SPV doit envisager de couvrir davantage dans ses activités. Ce besoin est illustré par les propos suivants de deux filles de San Pedro : « Je ne savais pas avant d’où venaient les règles » et  «Je ne savais pas calculer le cycle menstruel. On m’avait menti sur la façon de calculer ».
-        Les jeunes filles de 12 ans  à 14 ans semblent ne pas avoir les mêmes centres d’intérêt que celles de 15 ans à 16 ans. Il a été souvent difficile de motiver les plus grandes (15-16 ans) à demeurer dans le même groupe que les 12-13 ans. Il faudra désormais songer à former des groupes homogènes selon les tranches d’âges de 12-13 ans et 14-16 ans.

 

SUCCES
-       Le nombre de partenaires ayant adhéré au projet est un point de satisfaction. En effet, différentes organisations de base, des structures publiques, des ONG, et des bailleurs de fonds se sont rassemblés autour du projet Vacances Santé. C’est un exemple de coopération entre différentes entités dans le cadre des programmes de développement. On a ainsi pu noter l’appui des partenaires au développement au financement du projet : UNFPA, UNICEF, ONUCI.
-       Le projet a suscité un réel engouement chez les jeunes filles et chez leurs parents qui y ont totalement adhéré. (« On espère que vous allez continuez. » un parent à Port-Bouët, Abidjan). Les filles ont montré une très grande assiduité et les parents ont manifesté leur soutien en se déplaçant massivement lors des différentes cérémonies publiques organisées.

 

DEFIS
-       Les filles ayant participé à Vacances Santé devront être suivies et référées aux différents programmes de jeunes existant dans leur communauté afin de les aider d’une part à parfaire leurs connaissances sur le VIH/sida, les IST, les grossesses non désirées. Et d’autre part, pour aider ces filles à passer de l’intention de changement à un changement de comportement effectif et durable pour une gestion responsable de leur sexualité.
-       Un appui devra être recherché en termes de financement pour aider les jeunes filles à conduire des activités de sensibilisation et de partage dans leurs établissements d’origine au cours de l’année scolaire.